Edito : Combattre la bulle spéculative
Alors que les derniers indices de prix des logements anciens semblent confirmer le retour de la fièvre immobilière en France, la question du « juste prix » des logements se pose de manière de plus en plus aiguë. Est-il nécessaire de rappeler que les prix d’achat ont été multipliés par 2,5 au cours des quinze dernières années ? Durant la même période, le revenu disponible des ménages n’a progressé que de 60% en valeur, ce qui correspond en réalité à une augmentation du pouvoir d’achat par personne de 25%.
La qualité des logements a-t-elle été multipliée par 2,5 en quinze ans ? En aucun cas. Une récente recherche du CRÉDOC montre que, malgré l’amélioration tendancielle de l’habitat, une proportion encore élevée de nos concitoyens vit dans des logements de qualité médiocre : 14 % signalent un toit percé ou de l’humidité, des moisissures sur les montants des fenêtres ou sur les sols ; 14 % indiquent que leur installation de plomberie est inadéquate (installation soit dangereuse, soit régulièrement en panne ou encore l’eau n’est pas potable ou insuffisamment disponible) ; 11 % se plaignent d’une installation électrique inadaptée (câblage, douilles et autres installations électriques dangereuses, régulièrement en panne ou de capacité insuffisante). Au total, 32 % des Français signalent l’un ou l’autre de ce qu’il convient d’appeler des « défauts majeurs de qualité », ce qui place notre pays en dessous de la moyenne européenne (26%), un peu avant Chypre, l’Estonie, la Lituanie ou la Pologne, et bien loin derrière la Suède, la Finlande, le Danemark, la Belgique ou l’Allemagne.
Le décalage croissant entre le prix et la qualité des logements d’une part, et le fossé grandissant entre le coût des habitations et le revenu des ménages d’autre part témoignent de l’existence d’une bulle spéculative entretenue par la pénurie de logements. Ce phénomène n’est pas sans conséquence : non seulement l’accession à la propriété est un rêve qui s’éloigne pour une grande partie des classes moyennes — en entretenant un sentiment de déclassement mais la hausse des loyers rend encore plus difficiles à vivre les entraves à la mobilité résidentielle : rappelons en effet que, depuis cinquante ans, les loyers ont augmenté deux fois plus que l’inflation ; en 2009 encore, alors que les prix à la consommation ont été stoppés nets par la crise, les loyers ont progressé de 2%.
A l’heure où renaît l’idée de mieux surveiller les dysfonctionnements des marchés, la France pourrait s’inspirer de nos voisins outre-Rhin. En Allemagne, la succession de politiques volontaristes de construction de logements destinés aux classes moyennes a permis d’entretenir un parc d’habitations — de qualité — suffisant pour répondre à la demande. Le droit locatif, plus protecteur à l’égard des locataires, assure notamment un plus strict encadrement des loyers : le « Mietspiegel » ou « miroir des loyers » détermine ainsi dans chaque quartier la valeur d’usage des biens loués et fixe des limites aux augmentations, lesquelles reposent la plupart du temps sur des travaux d’amélioration des logis, cela afin de limiter les risques de spéculation immobilière. Le résultat est probant : les loyers allemands sont plus faibles, les prix d’acquisition des logements aussi, les prix de l’immobilier sont restés stables ces quinze dernières années et la qualité moyenne des logements est supérieure. On ne peut pas toujours transposer les règles d’un pays à l’autre, et la comparaison avec l’Allemagne a ses limites : la pression démographique y est moins forte et les centres de productivité mieux répartis sur le territoire. Mais la réussite allemande repose aussi sur le principe que le logement est un bien essentiel dont la gestion ne peut être uniquement soumise aux lois de l’offre et de la demande.
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